Les ECHOS du Festival et de l'Association

Les échos du festival 2019

 

Présentations de la saison 2019 : à découvrir les :

Le 10 Août à 21h Projection et discussion autour du Film " Tous les matins du monde " d'Aalin CORNEAU

Manifestation gratuite organisée en partenariat avec la Librairie Le Bleuet 

Rendez vous dans la Salle des Fêtes de Simiane

Le 12 Août à19h Echanges autour de l'oeuvre de J.S Bach illustrée au clavecin par Benjamin ALARD

Le 26 Juillet sur Radio ZINZINE

vous pouvez re écouter l'intervention en cliquant sur le lien ci dessous

http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/SPX/2019/SPX20190724-simianelarotonde2019.mp3

 

Le 30 Juillet sur Radio Mistral

vous pouvez écouter l'intervention en cliquant sur le lien ci dessous

https://www.frequencemistral.com/%E2%80%8BDu-3-au-15-aout-les-37emes-riches-heures-musicales-de-la-rotonde_a7950.html

 

 

Les ECHOS du FESTIVAL 2019

A la demande de nombreux spectateurs du concert de l'Ensemble Les Balkanes, ci dessous le texte du prologue

Prologue du festival, dit lors du premier concert du 3 août 2019.

(textes extraits du livre de Roberto Calasso : Les noces de Cadmos et Harmonie.

 Ed Adelphi 1988 Italien, Ed Gallimard 1991 pour la traduction française).

 

 

 

Les textes ci-dessous ont été dits, en ouverture du concert des «Balkanes », avec des intermèdes de percussions dans l’intervalle..

 

 

Texte 1

 

« Comment tout cela avait-il commencé ? Un groupe de jeunes filles jouait le long d’un fleuve, et ramassait des fleurs. De nombreuses fois encore, ce genre de scène paraîtrait irrésistible aux Dieux.

Soudain, elles se voient encerclées par une bande de taureaux. L’un d’entre eux d’un blanc éblouissant, avec de petites cornes qui semblent des gemmes resplendissantes. Son expression ignore la menace. Si bien qu’Europe, timide au début, approche ses fleurs de ce museau candide. La princesse se risque jusqu’à monter sur lui, en amazone ; et alors, l’air de rien, la troupe se déplace du lit asséché du fleuve vers la plage. Avec une fausse incertitude, le taureau s’approche de l’eau. Puis, il est trop tard : la bête blanche aborde déjà les vagues avec Europe sur sa croupe. Elle se tourne vers l’arrière : de sa main droite elle s’accroche à une corne, de l’autre elle prend appui sur la bête. L’air vif fait frémir sa robe. »

 

Texte 2

 

Comment tout cela avait-il commencé ? Europe, vers l’aube, alors qu’elle dormait dans sa chambre au premier étage du palais royal, avait fait un rêve étrange : elle se trouvait entre deux femmes, l’une était Asie, l’autre était la terre qui se trouve en face d’elle, et qui n’a pas de nom. Les deux femmes se battaient avec violence pour la possession de cette terre. Chacune d’elles la voulait pour soi.

Dans la prairie apparut un taureau tout blond, qui portait au front un cercle blanc ; il émanait de lui un parfum qui recouvrait celui des fleurs. Il s’arrêta devant Europe et lui lécha le cou. Elle le caressa, tout en essuyant la bave qui coulait abondamment du museau de l’animal. Le taureau s’agenouilla devant elle, en lui offrant sa croupe. Et, dès qu’elle fut montée, il s’élança vers la mer. Europe, effrayée, regardait vers la plage, appelait ses compagnes en tendant un bras dans le vide. Puis, déjà au milieu des vagues, d’une main elle se cramponnait à la grande corne, de l’autre elle soulevait le bas de son péplos et le tenait serré contre sa poitrine. Et, derrière elle le péplos s’était gonflé en une voile de pourpre.

 

 

 

Texte 3

 

Comment tout cela avait-il commencé ? Europe avançait avec ses compagnes, tenant en main sa splendide corbeille d’or. Elle avait été forgée par Héphaïstos, qui voulait l’offrir à Libye, deux générations plus tôt. Et Libye l’avait offerte à sa fille Téléphassa, qui l’avait offerte à sa fille Europe : c’était le talisman de la lignée. Rehaussée d’or, ony reconnaissait une génisse errante, qui semblait nager dans une mer d’émail. Deux hommes mystérieux, debout sur le rivage, observaient la scène. Il y avait aussi un Zeus d’or, qui effleurait de sa main la génisse de bronze. Sur le fond, un Nil argenté. Cette génisse était Io, trisaïeule d’Europe.

En descendant vers les prairies fleuries, près de la mer, Europe tenait en main son propre destin, rehaussé de nobles métaux. Comme en musique, sa mélodie était l’envers de celle de son aïeule Io. Un taureau l’enlèverait de l’Asie vers cette terre qui s’appellerait Europe, tout comme des années auparavant, l’errance désespérée, sur la mer, d’une génisse qui avait pâturé sur la terre grecque s’était achevée en Égypte, avec la touche légère de la main de Zeus. Et un jour, une corbeille d’or devait arriver en cadeau à la jeune fille Europe.

 

 

Texte 4

 

Comment tout cela avait-il commencé ? Si l’on veut de l’histoire, c’est une histoire de discorde. Et la discorde nait de l’enlèvement d’une jeune fille, ou du sacrifice d’une jeune fille. L’un ne cesse de se transformer en l’autre. Ce furent les « loups marchands » débarqués de Phénicie qui enlevèrent à Argos la tauroparthénos, la vierge dédiée au taureau, appeléeIo. Comme un message transmis de montagne en montagne, cela alluma le feu de la haine entre les deux continents. Depuis lors, Europe et Asie se battent, et à chaque coup de l’une suit un coup de l’autre. Ainsi les Crétois, « sangliers de l’Ida » enlevèrent à Asie la jeune fille Europe. Ils revinrent dans leur patrie sur un bateau en forme de taureau et ils offrirent Europe en épouse à leur roi Astérios. Ce même nom céleste aurait été aussi un des noms d’un petit-fils d’Europe : ce jeune homme à tête de taureau qui vivait au centre du labyrinthe, dans l’attente de ses victimes. Mais, plus souvent, on l’appela le Minotaure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ECHOS du FESTIVAL 2018

Suite à la demande de nombreux spectateurs du concert de l'Ensemble CELADON, ci desssous les textes du programme 

RESUME DU CONCERT

 

Composé de chansons de trouvères et de troubadours, ce programme rassemble des pièces vives et rythmées, joyeuses et dansantes, tout à fait décomplexées, à l’image de ce Moyen-âge où l’on aimait tant festoyer ! Les estampies et autres rondes de mai y côtoient toutes sortes de pièces d’allégresse propices à la danse. Elles sont signées Jehan de Lescurel, Bernart de Ventadorn, Raimbault de Vacqueiras, Gautier de Coincy…

 

PROGRAMME COMPLET

 

Cel que no volh auzir chanssos (Raimond de Miraval, c.1140 -c.1220)

 

Bonne amour me rent (Jehan de Lescurel, fl.1320)

Bietris est mes delis (Jehan de Lescurel)

 

Kalenda maïa (Raimbaud de Vaqueiras, c.1165-c.1207)

 

In pro, Estampie (Manuscrit de Londres, Anonyme, XIVème siècle)

 

Hui matin a l'ajournée (Gautier de Coincy, 1177-1236)

 

Reis glorios (Guiraut de Bornelh, c.1138-c.1215)

 

Belle, comme loiaus amans (Jehan de Lescurel)

Abundance de felonie (Jehan de Lescurel)

 

A l'entrada del temps clar (Anonyme, fin du XIIème siècle)

Chominciamento di gioia, Estampie (Manuscrit de Londres, Anonyme, XIVème siècle)

 

Bonnement m'agrée (Jehan de Lescurel)

Guilleurs me font souvent (Jehan de Lescurel)

Gracieusette (Jehan de Lescurel)

 

Can l'erba fresch' (Bernat de Ventadorn, c.1125-fin du XIIème siècle)

 

La tierche Estampie réale (Manuscrit du Roi, Anonyme, fin du XIIIème siècle)

 

En mai au douz tens nouvel (Anonyme, début du XIIIème siècle)

 

Tan m'abelis (Berenguier de Palazol, c.1160-1209)

 

TRADUCTIONS ( Version Originale à suivre )

Cel que no vol auzir chanssos

 

Que celui qui ne veut pas écouter des chansons

se garde bien de nous joindre,

car je chante pour réjouir mon cœur

et pour le divertissement de mes compagnons,

et plus encore pour qu'il puisse arriver

que dans ma chanson je fasse plaisir à ma dame ;

car je n'ai aucune autre volonté

de joie ni de belle conduite.

 

Je désire que la belle qui occupe mes pensées

me tienne auprès d'elle et m'embrasse,

et coucher avec elle et obtenir « le surplus »

et puis manches et colliers [ses enseignes],

et plus encore lui demander la grâce de sa faveur,

car je ne serai jamais conquis

par les cadeaux ni par les enseignes,

si je ne parviens pas à obtenir ce que je souhaite le plus.

 

Celui qui n'a pas de désir est un vaurien,

et celui qui ne désire pas ce qu'il y a de plus raffiné

et qui ne s'engage pas en amour

ne peut guère être gaillard ni preux ;

car c'est d'amour que viennent la jouissance et le bien

et c'est grâce à l'amour que l'homme est courtois,

et l'amour fournit la technique et l'esprit

pour sauvegarder la bonne valeur.

Il a bien la sagesse d'un jeune garçon

celui qui blâme l'amant pour sa folie ;

car dès que l'on veut se comporter selon mesure

on ne peut pas être un amoureux adroit ;

en revanche, celui qui sait faire des sottises

sait tout ce qu'il faut savoir d'amour :

moi, je n'en sais pas trop ni je ne prétends le savoir,

et je ne veux surtout pas qu'on me l'apprenne.

Bénit soit le premier qui fut jaloux,

puisqu'il fit un travail bien courtois ;

car la jalousie me fait prendre garde

aux médisants et aux envieux,

et j'ai appris de la jalousie

ce qui me permet de me consacrer

au profit d'une seule (dame), car je n'en veux pas d'autre,

et m'abstiens même de leur faire la cour.

Et mieux vaut une belle trahison

par laquelle on ne perd pas sa bonne renommée,

que d'être jaloux du bonheur d'autrui.

Lorsque Dieu veut créer un couple,

je veux qu'il récolte la fidélité féminine

et qu'il n'y en ait jamais un excès tel

qu'elle me demande où je vais ni d'où je viens,

puisque je suis totalement dépendant de son désir.

Monseigneur Audiart, j'ai appris de vous

ce qui fait de moi un vrai courtois à l'égard de toutes [les dames]

mais je chante d'une seule [dame] et j'en cache une seule,

et grâce à cette dame je suis le seigneur de Miraval.

Et vous trouverez difficilement quelqu'un qui puisse vous apprendre

l'art d'aimer, puisque c'est de vous que je l'apprends

 

 

Bonne Amour me rent  

Amour bienveillant m'accorde

Douceur et joie,

-Ce dont je le remercie-

Bien plus grandement

Que je ne pourrais

Jamais lui rendre.

Car, de vous, il m'a tellement épris,

Ma dame, qu'à vous je me donne tout entier.

C'est pour cela que je prie humblement Amour

Qu'il agisse à votre égard comme il l'a fait pour moi.

 

Car mon cœur ne tend

Et ne se destine,

- Sachez-le assurément -

Qu'à servir sans délai

Votre noble personne,

Affable et tranquille.

Ainsi Amour m'a saisi

Et, pour cela, je vous aime et me confie à vous.

C'est pour cela que je prie humblement Amour

Qu'il agisse à votre égard comme il l'a fait pour moi.

 

Mon cœur est plein d'espoir,

Et si je méritais

De votre part le nom d'amant,

Plus joyeusement

Que les autres je vivrais.

Je le crois ainsi ;

Dans l'espoir d'une récompense,

Je suis gai, joyeux et confiant.

C'est pour cela que je prie humblement Amour

Mon cœur est plein d'espoir,

Et si je méritais

De votre part le nom d'amant,

Plus joyeusement

Que les autres je vivrais.

Je le crois ainsi ;

Dans l'espoir d'une récompense,

Je suis gai, joyeux et confiant.

C'est pour cela que je prie humblement Amour

Qu'il agisse à votre égard comme il l'a fait pour moi.

 

Bietris est mes delis,

Bietris est mon délice,

Mon réconfort et ma joie :

Où que je sois, chaque jour,

Bietris est mon délice.

Au point que je me sens mal,

Et que vivre m'épuise ;

Bietris est mon délice,

Mon réconfort et ma joie.

 

Kalenda maia

Premier mai,

Feuilles de hêtre,

Chant d'oiseaux

Ou fleurs de glaïeuls :

Rien ne me plaît,

Dame noble et gaie,

Si ne me parvient pas

Ce rapide messager

Venant de votre corps

Si beau, pour me dépeindre

Les plaisirs nouveaux

Qu'amour me donnera ;

Et si la joie

Ne m'amène

Vers vous,

Dame de vérité ;

Et si, enfin, ne tombe

Sous les coups le jaloux,

Avant que je vous quitte.

 

Ma belle amie,

Que le jaloux

De moi se rie.

Cher il paierait

Sa jalousie

Si tels amants

Que nous il séparait.

Jamais en joie

Plus ne serais.

Sans vous, la joie

Plus ne m'habiterait ;

Je prendrais tel chemin

Que nul jamais

Ne me verrait,

Ce jour je mourrais

Où, noble dame,

Je vous perdrais.

 

Comment perdue,

Comment rendue

Serait la dame

Que je n'ai eue ?

Ni amant, ni maîtresse,

Nous ne sommes par la pensée.

Quand soupirant

Devient amant,

L'honneur est grand

Qu'il en retire.

Vos beaux semblants

Font médisants,

Mais nue

Je ne vous ai tenue

Ni autrement vaincue.

Voulue,

Crue

Je vous ai, sans espoir.

 

Je souffrirais

De vous quitter,

Belle cavalier

Contre moi irritée.

Ailleurs n'irait

Mon cœur, ni ne m'entraînerait

Mon désir, puisque rien

D'autre je ne désire.

Aux médisants

Cela plairait, je le sais,

Dame, car leur

Mal guérirait.

Et tel verrait

Et tel saurait mon mal

Qui vous remercierait :

Il vous regarde,

il vous désire,

Présomptueux,

Et mon cœur en soupire.

 

Dame parfaite,

Qu'on loue et clame

Votre valeur qui est si belle,

Qui vous oublie,

Peu vaut sa vie,

Je vous adore,

Pour la plus noble

Je vous ai prise,

Pour la meilleure,

Pleine de prix,

Caressée

Et servie plus parfaite

Qu'Erec fut pour Enide.

Bâtie, finie,

Englés, voici mon estampie !

 

Hui matin à l'ajournee

Ce matin, au point du jour,

Je me promenais,

Chevauchant au milieu d'une prairie

Sans destination précise.

J'ai trouvé une fleurette

Bien jolie :

Vers la fleur qui tant me plaît

Je tournai alors mon attention.

Et je fis six couplets

Pour la fleur du paradis :

J'approuve tous ceux qui l'aiment et la louent.

 

Vraiment il n'y a pas de meilleur refrain,

tout en un seul mot :

que celui qui m'entend le sache, il voit mal, il entend mal,

celui qui délaisse Marie pour Marot.

 

Robin chante des robardelles (danses)

Le sot chante des sottises,

Mais toi, clerc, qui chantes de ces chansons,

Vraiment, tu dérailles !

Laissons ces vieilles pastourelles,

Ces bavardages dépassés,

Et chantons nouvelles chansons,

Beaux poèmes, belles mélodies,

A la fleur pour qui, sans cesse,

Chantent les anges, nuit et jour.

J'approuve tous ceux qui l'aiment et la louent.

 

[refrain]

 

A la fin de ma chanson, je prie la reine,

La souveraine du monde,

Qui est la source et le bassin

Qui tout nettoie et purifie,

Pour qu'elle prenne en charge mon âme orpheline,

Mon âme infecte et impure,

Pour qu'à la fin elle soit exquise,

Pure et sans tâche,

Et qu'elle daigne mener au doux pays

Nous tous, ici-bas accablés.

J'approuve tous ceux qui l'aiment et la louent.

 

[refrain]

Rei glorios, verays lums e clartatz

Roi glorieux, vraie lumière et clarté,

tout puissant, Seigneur, si vous le voulez bien,

prêtez votre aide fidèle à mon compagnon,

car je ne l'ai plus vu depuis que la nuit est tombée.

Et l'aube va bientôt apparaître.

 

Beau compagnon, que vous dormiez ou veilliez,

car en Orient je vois croître l'étoile

qui amène le jour, je l'ai bien reconnue.

Et l'aube va bientôt apparaître.

 

Beau compagnon, je vous appelle en chantant.

Ne dormez plus, car j'entends chanter l'oiseau

qui va, cherchant le jour dans le bocage,

et je crains que le jaloux ne vous attaque.

Et l'aube va bientôt apparaître.

 

Beau compagnon, mettez-vous à la fenêtre

et regardez les signes du ciel,

vous saurez alors si je suis un messager fidèle ;

si vous le ne faites pas, le dommage sera vôtre.

Et l'aube va bientôt apparaître.

 

Beau compagnon, depuis que je vous ai quitté,

je n'ai pas dormi et suis resté à genoux

à prier Dieu, le Fils de Sainte Marie,

afin qu'il vous rende à moi par amitié fidèle.

Et bientôt l'aube va apparaître.

 

Beau compagnon, là dehors, sur le perron,

vous me priiez de ne pas dormir

et de veiller toute la nuit jusqu'au jour,

maintenant ni mon chant, ni mon amitié ne vous plaisent plus.

Et l'aube va bientôt apparaître.

 

La réponse de l'ami :

Cher beau compagnon, je suis tant à mon aise

que je voudrais que ni l'aube ni le jour ne surviennent jamais,

car la plus gente qui soit jamais née de mère

j'enlace et embrasse, aussi je ne crains guère

le bête jaloux ni l'aube

 

Belle, com looiaus amans,

Belle, tel un loyal amant

Je suis à vous ; soyez donc mienne.

Toujours je vous servirai.

Je ne voudrais - ni ne pourrais -

Aimer d'autre que vous ; et si je le pouvais

Je voudrais même ne jamais le désirer.

C'est pourquoi - Dieu me protège ! -,

Dame, je vous saurais gré

Si vos lèvres gracieuses

Daignaient toucher les miennes.

 

Ce serait un don très noble,

Car, si vous daigniez me l'accorder

Je posséderais la preuve

Que de vous je suis aimé

Et je vous en aimerais davantage.

Pour cela, cœur gracieux, doux et franc,

Puisqu'il faut bien que je le sache,

Dame, je vous saurais gré

Si vos lèvres gracieuses

Daignaient toucher les miennes.

 

Votre visage est si plaisant

Que jamais je ne serais rassasié

De me soumettre à tous vos désirs

Si je me sentais aimé de vous ;

Je ne pourrais rien souhaiter de mieux.

Puisque je ressentirais

Combien est grande la joie d'aimer,

Dame, je vous saurais gré

Si vos lèvres gracieuses

Daignaient toucher les miennes.

Abundance de felonie

En réponse à trop de félonie,

Je compose mes poèmes ;

Je maîtrise entièrement

Mon cœur - je ne le dissimulerai pas.
Si un autre que moi veut se comporter

De façon arrogante et dure

Il s'en trouvera bien, peut-être.

 

Quiconque désire la merci de son amie

Se doit d'être entièrement à son service

D'aimer la joie, la courtoisie,

Et d'éviter tout orgueil.

Celui qui voudra bien se conduire ainsi,

Je le dis, et ce n'est que justice,

Il s'en trouvera bien, peut-être.

 

L'amant peut l'un ou l'autre parti

Prendre, en matière d'amour :

Ou bien être humble, ou bien vouloir dominer

Celle qu'il prétend aimer.

Qu'il choisisse ce qui agrée le mieux

À sa dame ; et s'il persévère,

Il s'en trouvera bien, peut-être.

 

A l'entrada del tems clar, eya!

A l'entrée du temps clair, eya !

Pour la joie retrouver

Et le jaloux irriter

La reine nous veut montrer

Qu'elle est amoureuse.

Allez, allez-vous en jaloux

Laissez, laissez-nous

Danser entre nous !

 

Elle a fait partout mander, eya !

Qu'il n'y ait jusqu'à la mer

Donzelle ni bachelier

Qui ne s'en vienne danser

En la danse joyeuse.

Allez, allez-vous en jaloux

Laissez, laissez-nous

Danser entre nous !

 

Le roi d'autre part viendra, eya !

Qui la danse troublera ;

Une crainte la saisit :

Qu'on ne la veuille enlever

La reine d'un jour d'avril !

Allez, allez-vous en jaloux

Laissez, laissez-nous

Danser entre nous !

 

Mais elle rien n'y fera, eya !

Elle ne veut d'un vieillard.

Mais d'un jeune bachelier

Qui bien la sache amuser,

La Dame charmeuse.

Allez, allez-vous en jaloux

Laissez, laissez-nous

Danser entre nous !

 

Celui qui la voit danser, eya !

Et son gentil corps tourner

Il peut dire en vérité

Qu'il n'est femme à comparer

A la reine joyeuse.

Allez, allez-vous en jaloux

Laissez, laissez-nous

Danser entre nous !

Bonnement m'agree

Bonnement m'agrée

De vous aimer, blondette,

Doucette,

Savoureusette,

Et de voir votre personne.

Votre tournure

Joliette,

Simple, plaisante et bien faite

M'en donne le désir.

 

Ailleurs n'est pas ma pensée,

Noble, bellette,

Jeunette,

Gracieusette,

A cause de ce si doux plaisir.

 

Bonnement m'agrée

De vous aimer, blondette,

Doucette,

Savoureusette,

Et de voir votre personne.

 

Maintenant, je vous en prie, ma bien-aimée,

Par délicate amourette

Charmante :

Soyez mon amante

C'est ce que je désire.

Car votre bouche

Rouge,

Riante et amoureuse

Fait que, sans manquer,

 

Bonnement m'agrée

De vous aimer, blondette,

Doucette,

Savoureusette,

Et de voir votre personne.

Guilleurs me font mout souvent

Ils me font souvent, les trompeurs,

Pleurer à cause de leurs calomnies,

Ayez pitié de moi, noble dame !

Et pousser de profonds soupirs

Ils me font souvent, les trompeurs.

Ne les écoutez pas ! Humblement

Je vous en supplie, moi qui suis votre amant sincère.

Car si je me tais, vous leur ferez crédit.

Gracieusette

Gracieusette,

La très charmante Gillette,

Que Dieu vous donne un très bon jour.

Je vous ai aimée

Avec confiance

Et vous aimerai

Si je sais

Qu'envers moi

Vous avez le cœur sincère.

Pour cela, doucette,

La très plaisante Gillette,

Que Dieu vous donne un très bon jour

Can l'erba fresch'elh folha par

Quand l'herbe fraîche et la feuille pointent

et que la fleur bourgeonne sur la branche,

et que le rossignol, haut et clair,

élève sa voix et entame son chant,

je me réjouis de lui, et je me réjouis de la fleur

et je me réjouis de moi, et plus encore de ma dame ;

de toutes parts je suis enclos et ceint de joie

mais c'est cette joie qui triomphe de toutes mes autres joies.

 

Hélas, que je meurs en y songeant !

Car maintes fois j'y pense tellement

que des voleurs pourraient m'enlever

sans que je ne sache ce qu'ils font ;

par Dieu, amour ! tu me trouves bien vulnérable,

avec peu d'amis et sans autre seigneur que toi,

pourquoi ne tourmentes-tu jamais ma dame ainsi,

avant que je ne sois détruit de désir ?

 

Je m'étonne comment je peux supporter si longtemps

de ne pas lui dévoiler mon désir,

quand je vois et contemple ma dame.

Ses beaux yeux lui vont si bien,

à peine puis-je me retenir de courir vers elle,

et je le ferais si je n'avais peur ;

car jamais je vis corps mieux taillé et apprêté

à ce besoin d'amour si immense et si durable.

 

J'aime et chéris tant ma dame,

et je la crains tant et la courtise tant

que jamais je n'ai osé lui parler de moi,

et je lui ne demande ni ne lui quémande rien.

Pourtant elle connaît mon mal et ma douleur,

et quand cela lui plaît, elle me fait du bien et m'honore,

et quand cela lui plaît, je me contente de moins,

afin qu'elle n'en reçoive aucun blâme.

 

Si je savais enchanter les gens,

mes ennemis deviendraient des enfants,

de sorte que pas un seul ne sache choisir

ni rien dire qui puisse tourner à notre préjudice.

Alors, je sais que je verrai la plus gente,

ses beaux yeux et son teint frais,

et j'embrasserai sa bouche de toute part,

à tel point qu'un mois durant y paraîtrait la marque.

 

J'aimerais la trouver seule,

endormie ou faisant semblant,

pour lui voler un doux baiser,

car je n'ai pas le courage de lui demander.

Par dieu, dame, nous réussissons peu de chose en amour,

le temps s'enfuit, et nous perdons le meilleur !

Nous devrions parler à mots couverts

et puisque la hardiesse ne nous est d'aucune aide, recourons à la ruse !

On devrait bien blâmer une dame

si elle fait trop tarder son ami,

car long discours amoureux

est d'un grand ennui et peut sembler faux :

car on peut aimer et faire semblant ailleurs,

et galamment mentir quand il n'y a plus de témoins.

Bonne dame, si seulement vous m'aimiez,

je ne serai jamais pris en flagrant délit de mensonge.

 

Messager, va, et qu'elle ne m'en estime pas moins

si je crains d'aller chez ma dame.

 

En mai au douz tens nouvel 

En mai, au doux temps nouveau,

Quand reverdissent les près,
J'ouïs sous un arbrisseau
Chanter le rossignolet.
Saderala don ! Il fait si bon dormir sous le buissonnet.

 

Comme j'étais pensif,
Je m'assis sous le buisson :
Je m'y endormis un peu,
Au doux chant de l'oiselet.

Quand je fut réveillé,
Je demandai à l'oiseau une faveur :
Qu'il me réjouisse de son chant :
Ainsi j'en serai plus gai.

Et quand je me suis levé,

Je commençais à jouer de la citole

Et je fis chanter le petit oiseau

Devant moi, sur la prairie.

 

Le rossignol disait
Que le faisait enrager
Et causer grand chagrin

Le fait qu'un rustre l'ait entendu.

Tan m'abelis joyss et amors et chans

Joie et amour, chant et allégresse,

divertissement et courtoisie me plaisent tant

qu'il n'y a au monde richesse ou opulence

qui me feraient me sentir encore plus fortuné ;

aussi sais-je bien que ma dame détient les clefs

de tous les biens que j'attends et espère,

et que sans elle, je ne puis rien avoir de tout cela.

 

Sa grande valeur et son aspect modeste,

ses gentils propos et sa belle compagnie

m'ont toujours fait vouloir sa seigneurie

plus que celle d'aucune autre que j'ai vue ensuite ou avant ;

et si sa charmante et suave personne

ne daigne pas me retenir en sa merci,

jamais d'autre chose amour ne pourra faire mon plaisir.

 

J'ai tant voulu son bien et son avantage

et je l'ai tant désirée, elle et sa compagnie,

que je ne crois pas que, si je souhaitais m'en éloigner,

mon cœur pût s'en séparer,

et si j'ai proclamé son honneur, sa vertu et sa gloire,

je ne me fais point passer pour menteur,

car par sa valeur, elle sait bien prouver ma vérité.

 

Belle dame, courtoise, accomplie,

pleine de bon sens, sans blâme ni folie,

bien que je vous vois pas aussi souvent que je le voudrais,

ma pensée allège mes tourments,

grâce à elle, je me réjouis et me rétablis,

car je vous vois sans cesse,

nuit et jour, en ma pensée.

 

Savez-vous pourquoi je ne me détourne pas

et n'hésite pas à vous aimer, ma belle douce amie ?

C'est que si je vous possédais, je n'aurais pas à craindre

que vous mêliez fausseté et tromperie à notre amour ;

c'est pourquoi j'aime mieux – car je n'ose que l'imaginer -

que vous soyez un jour mienne,

plutôt que de baiser, embrasser ou enlacer une autre.

 

Ainsi, si jamais je me vois enfermé dans vos bras

de telle sorte que nous semblions tous deux d'une même volonté,

je m'émerveille où la joie peut être contenue

 

 

 Versions Originales

Cel que no vol auzir chanssos

de nostra compaignia.is gar,

q'eu chan per mon cors alegrar

e per solatz dels compaignos,

e plus, per so q'esdevengues

en chansson c'a midonz plagues ;

c'autra voluntatz no.m destreing

de solatz ni de bel capteing.

 

De la bella, don sui cochos,

desir lo tener e.l baisar,

e.l jazer e.l plus conquistar,

et apres, mangas e cordos,

e del plus qe.il clames merces ;

que jamais no serai conques

per joia ni per entresseing,

si so q'ieu plus vuoill non ateing.

 

Pauc val qui non es enveiois,

e qui non desira.l plus car

e qui no s'entrement d'amar,

greu pot esser gaillartz ni pros ;

que d'amor ven gaugz e ven bes,

e per amor es hom cortes,

et amors dona l'art e.l geing

per que bos pretz troba manteing.

 

Ben es savis a lei de tos

qui drut blasma de follejar ;

c'om, des qe.is vol amesurar,

non es puois adreich amoros,

mas cel q'en sap far necies,

aquel sap d'amor tot qant n'es :

eu no.n sai trop ni no m'en feing,

ni ja no vuoill c'om m'en esseing.

 

Ben aia qui prim fetz jelos,

qe tant cortes mestier saup far ;

qe jelosia.m fai gardar

de mals parliers e d'enojos,

e de jelosi' ai apres

so don mi eis tenc en defes

ad ops d'una, c'autra non deing,

neis de cortejar m'en esteing.

 

E val mais bella tracios

don ja hom non perda son par,

c'autrui benananss' envejar.

Qan Dieus en vol ajostar dos,

de dompna vuoill qe.il aon fes

e que ja no.il en sobres jes,

per que m'enquier' on vau don veing,

pus del tot al sieu plazer teing.

 

N'Audiartz, de vos ai apres

so don a totas sui cortes :

mas d'una chan e d'una.m feing,

e d'aqella Miraval teing.

d'amar, pus eu de vos n'apreing. 

 

 

Bonne Amour me rent

Douçour et joie,

Dont je l'en graci

Plus mout grandement

Que ne pourroie

Deservir vers li :

Car de vous m'a espris si,

Dame, qu'a vous tout  m'otroi.

Pour [ce], Amour, humblement pri

Qu'elle envers vous soit pour moi.

 

Car mon cuer ne tent,

Ne n'est en voie,

Sachiez le de fi,

Qu'a vostre cors gent,

Simplete et coie,

Servir sans detri.

Ainsi m'a Amours saisi

Et partant vous aim et croi.

Pource, Amour, humblement pri

Qu'elle envers vous soit pour moi.

 

Mon cuer si atent,

Et, se j'avoie

De vous non d'ami,

Plus joieusement

Qu'autre vivroie.

Je le croi ainsi :

Quar d'un espoir de merci

Suis gais et jolis en foi ;

Pource, Amour, humblement pri

Qu'elle envers vous soit pour moi. 

Bietris est mes delis,

Mes confors et ma joie :

Ou que soie, tousdis,

Bietris est mes delis,

[A]u point que me sent pis

Et que vivre m'anoie ;

Bietris est mes delis,

Kalenda maïa

Ni fuelhs de faia
Ni chans d'auzel

Ni flors de glaia
Non es qu'em plaia,
Pros dona gaia,
Tro q'un isnèl

Messagier aia
Del voste bel

Cors, qu'im retraia
Plazer novel

Qu'amors m'atraia
E jaia,
E'm traia
Vas vos,

Donna veraia,
E chaia
De plaia 'L gelos,

Ma bel' amia,

Per Dieu non sia
Qe ja 'l gelos

De mon dan ria,
Que car vendria
Sa gelosia,
Si aitals dos

Amantz partia ;
Qu'ieu ja joios

Mais non seria,
Ni jois ses vos

Pro no'm tenria;
Tal via faria
Qu'oms ja

Mais no'm veiria ;
Cel dia morria,
Donna

Pros, qu'ie'us perdria.

Con er perduda
Ni m'er renduda
Donna, s'enanz

Non l'ai aguda ?
Que drutz ni druda
Non es per cuda ;
Mas quant amantz

En drut si muda,
L'onors es granz

Que'l n'es creguda,
E 'l bels semblanz

Fai far tal bruda ;
Que nuda tenguda
No'us ai,

Ni d'als vencuda ;

Volguda,
Cresuda
Vos ai, ses autr'ajuda.

 

Tart m'esjauzira,
Pos ja'm partira,
Bels Cavaliers,

De vos ab ira,
Qu'alhors no's vira
Mos cors, ni'm tira
Mos deziriers,

Qu'als non dezira ;
Qu'a lauzengiers

Sai qu'abelira,
Donna, qu'estiers

Non lur garira:
Tals vira,
Sentira mos danz,

Qui'ls vos grazira,
Que'us mira,
Cossira
Cuidanz,

Don cors sospira.

Domna grazida,
Quecs lauz' e crida
Vostra valor qu'es abelida,
E qu'ius oblida,
Pauc li val vida,

Domn' eissernida ;

Quar per gençor

Vos ai chausida
E per melhor,

De prez complida,
Blandida,
Servida genses,

Qu'Erecs Enida.
Bastida, finida,

Hui matin a l'ajournee,

Toute m'ambleüre

Chevauchai par une pree

Par bonne aventure.

Une flourete ai trouvee

Gente de faiture :

En la fleur qui tant m'agree

Tournai lors ma cure.

Adonc fis vers dusqu'a sis

De la fleur de paradis ;

Chascun lo qui l'aint et lot.

 

O – Ni a tel dorenlot

Pour voir tout a un mot

Sache qui m'et Marvi Marot

Qui lait Marie pour Marot.

 

Chant Robin de Robardeles,

Chant li sot des sotes,

Mais tu, cler, qui chantes d'elles,

Certes tu rasotes.

Laissons ces viès pastoureles,

Ces vielles riotes,

Si chantons chansons nouvelles,

Biaus dis, beles notes.

De la fleur qui sans sejour

Chantent angres nuit et jour,

Chascun lo qui l'aint et lot.

 

[refrain]

 

A la fin pri la roÿne,

la Dame du monde,

Qui est la doiz, la pecine

Qui tout cure et monde

Qu'ele laist m'ame orpheline,

M'ame orde et imonde,

Si qu'a la fin soit bien fine,

Bien pure et bien monde,

Et nous touz de ça desouz

Daint mener ou païs douz.

Chascun lo qui l'aint et lot.

 

Reis glorios, verays lums e clartatz,

totz poderos, Senher, si a vos platz,

al mieu compaynh sias fizels aiuda,

qu'ieu non lo vi pus la nuech fo venguda.

Et ades sera l'alba.

 

Bel companho, si dormetz o velhatz,

qu'en aurien vey l'estela creguda

c'adus lo jorn, qu'ieu l'ay ben conoguda.

Et ades sera l'alba.

 

Bel conpanho, en chantan vos apel.

Non dormas pus, qu'ieu aug chantar l'auzel

Que vay queren lo jorn per lo boscatje

E ay paor que.l gilos vos assaje.

Et ades sera l'alba.

 

Bel companho, issetz al fenestrel

e esgardatz las ensenhas del sel ;

conoysiretz s'ieu soy fizel messatje ;

si non o faytz, vostres er lo danpnatje.

Et ades sera l'alba.

 

Bel companho, pos mi parti de vos,

yeu non dormi ni.m muoc de ginolhos,

ans preg ieu Dieu, lo Filh Santa Maria

que.us mi rendes per lial conpanhia.

Et ades sera l'alba.

 

Bel companho, la foras als peiros

me preiavatz qu'ieu no fos dormilhos,

enans velhes tota nueg tro al dia.

Aras no.us platz mos chans ni ma paria.

Et ades sera l'alba.

 

Bel dos companh,

tan soy en ric sojorn

qu'ieu no volgra mays fos alba ni jorn,

car la gensor que anc nasques de mayre

tenc et abras, per qu'ieu non prezi gaire

Belle, com loiaus amans,

Vostres sui: car soiez moie.

Je vous servirai touz tans,

N'autre amer je ne voudroie,

Ne ne puis; se le povoie,

N'i voudroie estre entendans.

Et pour ce, se Dex me voie,

Dame, bon gré vous saroie

Se voustre bouche riant

Daignoit toucher a la moie.

 

Li dons est nobles et grans ;

Car, se par [vo] gré l'avoie,

Je seroie connoisanz

Que de vous amez seroie

Et mieus vous en ameroie.

Pour ce, biaus cuers dous et frans,

Par si qu'aviser m'en doie,

Dame, bon gré vous saroie

Se voustre bouche riant

Daignoit toucher a la moie.

 

Vostre vis est si plaisans

Que jà ne me soleroie

D'estre a vo plaisir baissans

S'amez de vous me sentoie ;

A mieus souhaidier faudroie.

Pour ce que soie sentant

Dame, bon gré vous saroie

Se voustre bouche riant

Abundance de felonie

Me fait tieus moz dire et trouver,

Que j'ai du tout en ma mestrie

Mon cuer ; je ne le quier celer.
S'aucuns autres en veult ouvrer

Par haussage en manire dure,

Bien l'en prendra par aventure.

 

Qui desire merci d'amie

De li serv

ie et courtoisie

Et tout orgueil doit eschever.

Qui ainsinc se veult demener,

Je di par roison et droiture,

Bien l'en prendra par aventure.

 

Or peut l'une ou l'autre partie

Amans maintenir en amer,

Ou estre humbles, ou seignourie

Sur celle qu'il aime clamer ;

Preigne le mieux pour agréer

A sa dame, et, s'en se point dure,

A l'entrada del temps clar, eya !

Per jòia recomençar, eya
E per jelòs irritar, eya
Vòl la regina mostrar
Qu'el'es si amorosa
A la vi', a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos
Balar entre nos, entre nos.

El' a fait pertot mandar, eya !
Non sia jusqu'a la mar, eya
Piucela ni bachalar, eya
Que tuit non vengan dançar
En la dansa joiosa.
A la vi', a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos
Balar entre nos, entre nos.

Lo reis i ven d'autra part, eya !
Per la dança destorbar, eya
Que el es en cremetar, eya
Que òm no li vòlh emblar
La regin' aurilhosa.
A la vi', a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos
Balar entre nos, entre nos.

Mais per nïent lo vòl far, eya !
Qu'ela n'a sonh de vielhart, eya
Mais d'un leugièr bachalar, eya
Qui ben sapcha solaçar
La dòmna saborosa.
A la vi', a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos
Balar entre nos, entre nos.

Qui donc la vezés dançar, eya !

E son gent còrs deportar, eya
Ben pògra dir de vertat, eya
Qu'el mont non aja sa par
La regina joiosa.
A la vi', a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos

Bonnement m'agree

Vous am[er], blondette

Doucete,

Savoureusette,

Et vo cors veïr.

Vo manierette

Joliette,

Simple, plaisans, faitissete

M'en donne desir.

 

Ailleurs ma pensee

N'est, gente, bellette,

Jeunette,

G[ra]cieusette,

Por si dous plaisir.

 

Bonnement m'agree

Vous amer, blondette

Doucette,

Savoureusette,

Et vo cors veir.

 

Or vous proi, amee,

Par fine amourette,

Sadette,

Que m'amiette

Soiez ; ce desir.

Car vo bouchete

Vermeillette,

Rians [et] amoureusette,

Fait que, sans partir,

 

Bonnement m'agree

Vous amer, blondette

Doucette,

Savoureusette,

Guilleurs me font mout souvent

Lermer par leurs faus mesdis ;

Merci, ma dame gentis !

Et soupirer très forment

Guilleurs me font moult souvent.

Ne les creéz ; humblement

Vous en proi, cum vraiz amis :

Gracieusette,

La très douce Gillette,

Dex vous doint très bon jour.

Amé vous ai

En foi

Et aimerai

Se je sai

Aiez cuer vrai.

Pour ce, doucette,

La très plaisant Gillette,

Can l'erba fresch' e.lh folha par

e la flors boton' el verjan,

e.l rossinhols autet e clar

leva sa votz e mou so chan,

joi ai de lui, e joi ai de la flor

e joi de me e de midons major ;

daus totas partz sui de joi claus e sens,

mas sel es jois que totz autres jois vens.

 

Ai las ! com mor de cossirar !

Que manhtas vetz en cossir tan :

lairo m'en poirian portar,

que re no sabria que.s fan.

Per Deu, amors ! be.m trobas vensedor :

ab paucs d'amics e ses autres senhor.

Car una vetz tan midons no destrens

abans qu'eu fos del dezirer estens ?

 

Meravilh me com posc durar

que no.lh demostre mo talan.

Can eu vei midons ni l'esgar,

li seu bel olh tan be l'estan :

per pauc me tenh car eu vas leis no cor.

Si feira eu, si no fos per paor,

c'anc no vi cors melhs talhatz ni depens

ad ops d'amar sia tan greus ni lens.

 

Tan am midons e la tenh car,

e tan la dopt'e la reblan

c'anc de me no.lh auzei parlar,

ni re no.lh quer ni re no.lh man.

Pero elh sap mo mal e ma dolor,

e can li plai, mi fai ben et onor,

e can li plai, eu m'en sofert ab mens,

per so c'a leis no m'avenha blastens.

 

S'eu saubes la gen enchantar,

mei enemic foran efan,

que ja us no saubra triar

ni dir re que.ns tornes a dan.

Adoncs sai eu que vira la gensor

e sos bels olhs e sa frescha color,

e baizera.lh la bocha en totz sens,

si que d'un mes i paregra lo sens.

 

Be la volgra sola trobar,

que dormis, o.n fezes semblan,

per qu'e.lh embles un doutz baizar,

pus no valh tan qu'eu lo.lh deman.

Per Deu, domna, pauc esplecham d'amor ;

vai s'en lo tems, e perdem lo melhor !

Parlar degram ab cubertz entresens,

e, pus no.ns val arditz, valgues nos gens !

 

Be deuri' om domna blasmar,

can trop vai son amic tarzan,

que lonja paraula d'amar

es grans enois e par d'enjan,

e gen mentir lai on non a autor.

Bona domna, ab sol c'amar mi dens,

ja per mentir eu no serai atens.

 

Messatger, vai, e no m'en prezes mens,

En mai au douz tens nouvel

que raverdissent prael
oi sor un arbroisiel
chanter le rosignolet
Saderaladon ! tan bon fet  dormir lez le buissonet.

Si com g’estoie pensis
Lez le buissonet m’assis
Un petit m’i endormi
au douz chant de l’oiselet

Au resveillier que je fis
a l’oisel criai merci
qu’il me doint joie de li
s’en serai plus jolivet

Et quan je fui sus levez
ci commenz a ciotoler
et fis l’oiselet chanter
devant moi el praelet

Li rosignolet disoit
par un pou qu’il n’enrajoit
du grant duel que il avoit

Tan m'abelis joys et amors et chans,

et alegrier, deport e cortezia,

que.l mon no a ricor ni manentia

don mielhs d'aisso.m tengues per benanans ;

doncs, sai hieu ben que midons ten las claus

de totz los bes qu'ieu aten ni esper,

e ren d'aiso sens lieys non puesc aver.

 

Sa grans valors e sos humils semblans,

son gen parlar e sa belha paria,

m'an fait ancse voler sa senhoria

plus que d'autra qu'ieu vis pueis ni dabans ;

e si.l sieu cors amoros e suaus

en sa merce no.m denha retener,

ja d'als amors no.m pot far mon plazer.

 

Tan ai volgut sos bes e sos enans,

e dezirat lieys e sa companhia

que ja no cre, si lonhar m'en volia,

que ja partir s'en pogues mos talans ;

et s'ieu n'ai dit honor ni be ni laus,

no m'en fas ges per messongier tener,

qu'ab sa valor sap ben proar mon ver.

 

Belha dompna, corteza, benestans,

ab segur sen, ses blasm'e ses folhia,

si tot no.us vey tan soven cum volria,

mos pessamens aleuja mos afans,

en que.m delieyt e.m sojorn e.m repaus ;

e quan no.us puesc estiers dels huelhs vezer,

Sabetz per que no.m vir ni no.m balans

de vos amar, ma belha douss'amia ?

Quar ja no.m cal doptar, si hie.us avia,

que mesclessetz falsia ni enjans ;

per qu'ieu am mais, quar sol albirar n'aus,

que vos puscatz a mos ops eschazer

qu'autra baizar, embrassar ni tener.

 

Doncs, s'ieu ja.m vey dins vostres bratz enclaus,

si qu'ambeduy nos semblem d'un voler,